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30 juin 2010

L'agent littéraire

Etude du Motif sur l'agent littéraire : c'est par ici

Présentation :

L’édition change, se normalise, se concentre en pôles de profit, le numérique remet en cause la relation traditionnelle entre auteurs et éditeurs, l’internationalisation du secteur du livre est en cours, les éditeurs utilisent déjà couramment les services d’intermédiaires ... dans ce contexte mouvant, quelle place pour les agents ? Cette étude vise à rationaliser le discours sur le métier et à dépassionner le débat en proposant un état des lieux et en se faisant l’écho des discours que soulève la profession.

En 2009, à la Foire de Francfort, 288 agences et 503 agents étaient présents. En France, une vingtaine d’agences sont répertoriées. Mais les auteurs restent prudents. 21 manifestent une ouverture teintée de scepticisme (sur 29 auteurs ayant répondu au questionnaire). Parmi leurs attentes, 75% souhaitent voir leurs ouvrages plus traduits et 62% estiment qu’ils pourraient être davantage adaptés au cinéma. Seraient-ils alors tentés de confier la cession des droits de traduction ou des droits audiovisuels à un tiers, en l’occurence l’agent ? Quant aux éditeurs, l’arrivée de nouveaux acteurs risque-t-elle de leur faire perdre le contrôle de la chaîne éditoriale?

Accès à la synthèse par ici

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30 juin 2010

Modèle économique d'un marché naissant : le livre numérique

Un autre document PDF trouvé sur Aldus, cette fois du ministère issu de Culture prospective :
http://aldus2006.typepad.fr/files/cp-livrenumerique-2010-2.pdf

30 juin 2010

Le livre à l'ère du numérique

Trouvé sur le site Aldus, publié le 27 Juin, un PDF issus de la revue ESPRIT sur un entretien avec Pascal Fouché, docteur en histoire, éditeur et spécialiste de l'édition au XXème siècle. Entretien sur le livre et l'ère numérique.
PDF accessible ici : http://aldus2006.typepad.fr/files/2010-06-11-fouche-fr.pdf

21 juin 2010

Ebook et société

Sur eBouquin et La Feuille, on parle du manque de sociabilité de l'iPad et plus généralement des liseuses ebooks. Comprendre par là que Kevin Rose, fondateur de digg.com a proposé 5 mesures pour rendre l'iPad plus sociable et que les deux sites français résument ainsi :

- Informations en temps réel sur les personnages (lorsqu'on clique sur leur nom)
- Echange de commentaires
- Prêt d'ebook
- Tchat en temps réel
- Statistique de lecture.

Pour consulter les deux articles :
eBouquin : http://www.ebouquin.fr/2010/06/18/les-futures-tendances-de-la-lecture-numerique/
La Feuille : http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2010/06/17/des-livres-numeriques-avec-des-fonctions-sociales/

17 juin 2010

Documentaliste et TICE

Article du 14 Juin 2010 sur Le manuel numérique
 

Nadya Benyounes est professeure documentaliste au lycée professionnel Théodore Monod à Blanzy en Saône et Loire; elle est très active sur le réseau Twitter et investie dans la diffusion des TICE.

Bonjour et merci de répondre à nos questions. Professeure documentaliste, vous utilisez beaucoup les nouveaux outils technologiques et les nouveaux médias sociaux (notamment Twitter) ; vous vous définissez comme « cyberdocumentaliste ». Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous pousse à utiliser intensivement ces nouveaux outils, à titre personnel comme professionnel ?

Bonjour,  je dois l’appellation de cyberdocumentaliste à un journaliste sur Twitter @christreporter, et je l’ai adoptée car je trouve qu’elle correspond bien à ce que j’essaie d’être, et à la génération à laquelle j’appartiens : une génération de professeurs documentalistes s’appropriant les outils du Web2.0 et les diffusant.

Ce qui me pousse à utiliser ces outils à titre personnel, c’est la multitude d’informations à laquelle je peux accéder. Ces outils me permettent de répondre à ma soif de connaissance et de savoir. Depuis la reprise de mes études en 1997, j’ai une grande volonté de partager et de mutualiser : pour moi, partage et mutualisation sont sources d’efficacité et d’enrichissement personnel. Internet, les réseaux et Twitter permettent de nouveaux contacts par-delà les frontières (Canada, USA, Belgique, Suisse entre autres).

En tant que professseure documentaliste, l’échange et la diffusion de l’information font partie intégrante de mon métier, et le travail de veille est la pierre angulaire de ma profession. Faire de la veille pour ensuite transmettre les informations est grandement facilité par un outil comme Twittter. Il ne suffit pas d’avoir de nombreuses informations à disposition : il faut savoir où les trouver. Ce n’est pas toujours évident, même pour des professionnels de l’information comme nous, car une masse d’informations est cachée dans ce « web invisible » difficile d’accès. De plus, notre ignorance quant à l’existence-même de certaines informations ne nous incite pas à aller les rechercher : c’est parfois le hasard qui nous les fait découvrir. La magie d’un outil comme Twitter, c’est de recevoir une masse d’informations que l’on cherchait, mais également une multitude d’informations dont on ne soupçonnait même pas l’existence.

Enfin, dernier point positif de Twitter et non des moindres : il y a toujours quelqu’un pour aider, donner la réponse à une question, indiquer un site, un tutoriel, un logiciel. Le partage des ressources se fait de manière spontanée, mais également sur demande des utilisateurs (twittos) ; je trouve cet esprit d’équipe formidable.

En quoi les nouvelles technologies peuvent-elles représenter un apport pédagogique pour les documentalistes, les enseignants et leurs élèves ? Quels en sont les usages que vous observez (ou souhaiteriez  voir émerger) dans le CDI comme dans les salles de classe ?

L’expérience de Laurence Juin @frompennylane (voir notre interview de Laurence Juin) nous le montre tous les jours ; je trouve d’ailleurs que cette expérience devrait être répandue car les élèves apprennent à travailler autrement et à développer leur autonomie de manière formidable. N’est-ce pas là une de nos missions ?

Les TICE sont un levier de motivation pour les élèves qui sont tout de suite plus réactifs et  plus participatifs lors de séances où elles sont utilisées (voir notre article à ce sujet). Ainsi, dans le  CDI où je travaille, j’ai la chance d’être équipée depuis 3 ans d’un TBI et d’une classe mobile, et je ne manque pas l’occasion de constater que les élèves sont tout de suite plus attentifs et plus enclins à participer à la séance.

Je profite de ces séances pour délivrer des messages : respect des sources (donc vérification de  la provenance des informations), respect du droit d’auteur et de l’image, sensibilisation aux usages de l’outil informatique, mise en garde contre la confusion entre espace privé et espace public, explications sur l’e-reputation et le risque de la circulation des informations privées sur le net.

En résumé, je les invite à une utilisation raisonnée et citoyenne d’Internet à travers les séances  d’apprentissage à la recherche documentaire. Ils limitent souvent leurs recherches à Google ou Wikipédia, et sont surpris quand ils apprennent qu’il existe des métamoteurs ou des moteurs dédiés selon le type de recherche. En tant que professeure documentaliste, une des mes missions est  de favoriser l’ouverture vers l’extérieur. Plutôt que diaboliser Internet et les réseaux sociaux, je préfère leur en apprendre le fonctionnement, les avantages, les inconvénients, les dérives parfois : voilà un de mes objectifs principaux.

Les ressources en ligne, qui permettent d’élargir les champs de recherche documentaire, sont très nombreuses, mais de qualité extrêmement variable. Les digital natives, qui sont très à l’aise avec les TIC, ne sont pas forcément bien formés à vérifier leur source ou à avoir un regard critique sur l’information dont ils disposent. En tant que documentaliste, quel est votre rôle dans la formation des élèves à l’utilisation des ressources numériques ?

Je profite des séances de recherche documentaire pour informer mes élèves, voire les mettre en garde ; mais surtout j’essaie de leur faire prendre conscience qu’Internet est un média formidable à condition de savoir l’utiliser et se l’approprier. Je mène plusieurs séances autour des réseaux sociaux, et cette année nous avons participé à « Ex-machina 2025 » afin de les sensibiliser à la nécessité de faire attention aux traces que l’on laisse de manière volontaire ou non sur la toile.

Effectivement, même si les élèves sont très à l’aise en majorité avec les TIC, ils ne savent pas forcément pour autant chercher l’information la plus pertinente, et surtout ne font pas attention aux sources souvent garantes de la « bonne » information. Souvent une recherche dans la base BCDI leur permettrait de trouver une information pertinente plus facilement, mais ils préfèrent Google car la culture de l’Internet à tout prix et la solution de facilité sont leurs maîtres-mots. Lors de mes séances, je m’attache à leur expliquer le fonctionnement de Google (le page Rank, l’indice de popularité, l’achat de mots-clés, etc.). J’anime, également, de nombreuses séances autour des médias et de la presse  lors de la Semaine de la presse et tout au long de l’année scolaire.

Depuis cette année, un gros chapitre est au programme des 2°Bac pro : la construction de l’information. Cela fait 4 ans que nous menons ici des séances sur cette thématique qui nous semblait importante de développer auprès des élèves afin de favoriser leur esprit critique et les confronter au monde qui les entoure, et leur permettre de se forger leur propre opinion. Il s’agit surtout de leur montrer comment est construite l’information : savoir chercher, certes, mais aussi savoir faire le tri et connaître la provenance. Si je leur donne quelques clés leur permettant de ne pas rester passifs face à l’information véhiculée par Internet, c’est toujours à eux d’ouvrir la porte.

Cette année, nous avons abordé le fonctionnement de Twitter, un travail mené avec la professeure d’anglais : après avoir visionné un dessin animé en anglais qui présente et explique Twitter, les élèves ont dû répondre à un questionnaire que nous avions élaboré, et écrire un mail pour persuader ou dissuader un ami de s’inscrire sur Twitter, en en expliquant le fonctionnement puis en argumentant pour ou contre son utilisation (tout ceci en anglais). Ces séances rencontrent un vif succès auprès des élèves.

Les élèves ont eu l’occasion de poser directement leurs questions sur Twitter via mon espace : vous pouvez voir sur le blog de @vpaillas le compte rendu de quelques échanges avec les élèves. Pour eux, Twitter est plus un outil pour professionnels : ils ont remarqué que ma timeline se compose beaucoup de professeurs, journalistes, informaticiens, formateurs, managers d’entreprises et professionnels en tout genre… Ils ont manifesté leur préférence pour Facebook en expliquant qu’ils ne faisaient pas le même usage des réseaux sociaux que moi, même s’ils ont bien compris l’utilité de l’outil.

Certains professeurs et responsables d’établissements restent très réticents à l’utilisation des TICE à l’Ecole. Comment expliquez-vous ces réticences : manque de formation, crainte d’une divulgation des informations personnelles,  attachement à la culture du papier, etc. ?

Ces réticences s’expliquent surtout par un manque de formation et par une appréhension face à l’outil qu’est l’ordinateur, la peur de se tromper, et la méconnaissance de ce que l’on peut faire avec un tel outil. Dans mon établissement, je suis la seule à posséder le C2I2E, mais ceci s’explique par mon entrée tardive dans le métier.

Cette année, j’ai accepté de prendre en charge une formation TICE en interne dans l’établissement. Après avoir créé un googlegroupe afin de nous permettre de communiquer via cet outil, et surtout afin de me permettre de mettre les documents de travail à leur disposition, ils ont appris à :

  • publier en ligne via un blog, un webzine ;
  • se créer un espace personnalisable via Igoogle, Symbaloo ou Netvibes ;
  • prendre en main le TBI (utilisation, fonctionnement, construction de séance interactive et partage de ressources…) ;
  • prendre en main le logiciel de supervision Italk et Iaca (voir comment on peut travailler autrement et avoir une autonomie relative grâce à l’outil informatique) ;
  • découvrir des réseaux sociaux et leur fonctionnement via Twitter ;
  • collaborer à un document via googledocuments.

A l’issue de la formation, plusieurs collègues ont créé un blog, un espace personnalisé et ont appris à utiliser les fonctionnalités avancés ou à communiquer via le groupe pour demander de l’aide, des échanges ou simplement des  informations. Pour moi, cette expérience est plus que positive et je poursuivrais si la Daeefop (Délégation Académique à l’Action Educative et à la Formation des Personnels) renouvelle l’offre de formation.

Et le problème est bien là : il s’agit d’un manque de formation pour la prise en main de l’outil.

Face à ces réticences, que faites-vous pour promouvoir les TICE dans votre établissement ? Quelles seraient vos recommandations pour celles et ceux qui veulent, comme vous, encourager à l’utilisation du numérique à l’Ecole ?

Si je suis pour le développement du numérique à l’école, encore faut-il vraiment accompagner les enseignants. La formation proposée actuellement est trop parcellaire et insuffisante : il s’agirait de mettre en place une formation beaucoup plus importante mais surtout un suivi, car lorsque les collègues se retrouvent seuls face à l’outil après quelques heures de formation, ils ne savent plus trop par où commencer, et souvent abandonnent pour éviter de se trouver pris en défaut devant les élèves.

J’ai eu l’idée de proposer une formation TICE interne dans l’établissement  et l’ai soumise à la direction de l’établissement qui, vu  le succès rencontré par la proposition, l’a transmise à la Daeffop qui l’a validée. Je pense avoir répondu à un besoin énorme de formation. Le fait que cette dernière se déroule dans l’établissement avec une personne qu’ils ont l’habitude de côtoyer a sûrement facilité les choses, et a surtout permis d’aborder des thématiques autour du travail en commun, une réflexion sur le partage de ressources et la création de ressources communes, la validation du B2I de façon collégiale. Au-delà, mes collègues ont pu voir des exemples concrets, participer, s’exercer, se mettre en situation à la place de l’élève.

Néanmoins, ce qui a été possible dans mon établissement ne l’est pas toujours : une telle formation nécessite la présence d’une personne suffisamment experte, qui puisse bénéficier d’une décharge et d’une rémunération, que la direction de l’établissement  soit d’accord, et que les collègues soient partants. Les moyens humains et financiers sont, en définitive, et comme souvent, la condition nécessaire et indispensable à ce mouvement.

Retrouvez Nadya Benyounes  sur Twitter : @nbenyounes.

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15 juin 2010

Le kindle à 50 dollars ?

livresLu sur le blog de La Feuille, le projet de lancement d'un kindle à 50 dollars par Amazon sous un à deux ans.

Pour ma part je trouve que c'est un projet intéressant. D'une part parce que les liseuses ne sont pas du tout "tout public" et s'adressent à une minorité ayant les moyens et d'autre part ça permettrait de favoriser le projet en cours, aux Etats-Unis notamment, celui de doter les élèves et étudiants d'un kindle pour remplacer les manuels scolaires (et par la même occasion, diminuer le poids des sacs et les problèmes de dos).
Je suis une littéraire pure et dure, j'aime les bouquins mais ça finit par s'entasser et au fond, je préfèrerais parfois avoir certains bouquins sur une liseuse (comme les classiques ou les nombreux livres jeunesse que je possèdent) plutôt que de les jeter ou les revendre, parfois à grand regret. C'est clair, à 50 dollars, moi j'achète le kindle car ça me laisse quelques sous pour acheter du contenu (en espérant que celui-ci diminue également).
A côté de ça, l'éternel question du numérique...qui à mon avis finira par prendre la place du livre imprimé. Mais en même temps, gardons nos livres imprimés car ils risquent de prendre de la valeur !
Personnellement le mieux c'est d'avoir d'un côté des livres numérisés (manuels, classiques, livres qu'on lira qu'une fois dans sa vie) et de l'autre, de vrai bons bouquins en papier (ceux qui ont une valeur à nos yeux) ça évitera de jeter des tonnes de papiers chaque années (le nombre est assez hallucinant du côté des invendus...sans parler de la masse que les gens stockent chez eux sans savoir quoi faire de ces livres qui ne se revendent pas). Le livre imprimé va peut-être avoir de nouveau la qualité qu'on lui connaissait au siècle précédent tandis que pour le reste, le livre numérique, sera la foire aux écrivains de tous genres, de tous niveaux, mais au moins, on ne gaspillera pas du papier pour eux !

Un autre article sur le sujet sur eBouquin : cliquer ici pour le lire

L'article de La Feuille :

Vers une liseuse de poche ?


ebook
A l’heure où il se vend un iPad toutes les 3 secondes, Amazon et son Kindle a du soucis à se faire, estime le gourou du marketing américain Seth Godin. Il est temps de proposer un “Kindle de poche” à 49 dollars (40 euros). Faisons du reader un rasoir, à la manière de Gilette, propose Godin : offrons un appareil de lecture pour 10 ouvrages électroniques achetés ! Amazon devrait créer un club du livre : permettant aux usagers de recevoir un livre par mois sur leur appareil, comme le propose le Livre du mois ! Amazon devrait laisser éditeurs, auteurs, leaders et entreprises vendre des services de livres électroniques via le Kindle Store : une entreprise devrait pouvoir proposer à ses clients les nouvelles versions de son livre gratuitement via la plateforme d’Amazon. “La seule façon pour que les auteurs et éditeurs s’accaparent l’objet est d’en vendre 20 millions ! Et la seule façon de réussir cela face à la concurrence de l’iPad est de rendre le Kindle très accessible et son usage indispensable”, conclut le gourou.

Les propositions sont effectivement plutôt stimulantes : plus que l’offre d’un reader à 40 euros, on voit bien que ce sont les nouveaux modes de commercialisation possibles qui ouvrent certainement le plus de perspectives (et notamment les modalités d’abonnements). Mais les commentaires sur Teleread le sont aussi. Pour ma part, je pense encore qu’Amazon gagne bien plus d’argent en vendant des appareils de lecture qu’en vendant des livres électroniques, tout comme Apple gagne plus d’argent en vendant des appareils qu’en vendant des contenus. Pas sûr qu’en bradant les prix de l’appareil, le marché (payant) se développe pour autant.

Un Kindle de poche à 100 $ ne serait pas in-envisageable, estime Felix Torres :  en diminuant la batterie, la capacité de stockage, Amazon pourrait vendre sa liseuse moins chère. En faire un Wikireader, un dispositif de lecture très peu cher et remplaçable à l’envie… Chris Meadows estime d’ailleurs que, à la vitesse à laquelle les prix des matériels chutent, l’e-reader à 50 dollars devrait voir le jour d’ici un ou deux ans.

Reste à savoir si la liseuse, non connectée au web, par rapport à la tablette (type iPad) dresse encore un avenir pour le livre ? Difficile de trancher pour l’instant. Si l’on en croit un premier sondage réalisé auprès d’une centaine d’utilisateurs de l’iPad (via Homo-Numericus qui rappelle très justement que l’iPad ne sauvera pas l’édition), la tablette d’Apple est plus utilisée pour surfer sur le net que pour lire des livres. Benoït Raphaël, faisant le bilan de deux mois d’utilisation de l’appareil ne dit pas autre chose. Alors que pour d’autres il est déjà le lecteur idéal, car il permet de lire au-delà des seuls livres. En voyant le succès de l’iPad, il n’est pas sûr que les gens aient envie de lecteurs électroniques aux fonctionnalités réduites et à prix modiques. Au contraire.

13 juin 2010

L'iPad sauvera t-il les éditeurs du peril web ?

Article publié le 30 Mai 2010 sur Homo Numericus.

L'IPAD SAUVERA T-IL LES EDITEURS DU PERIL WEB ?

ipad

Quelques mois après les Etats-Unis, la France a vu arriver cette semaine en même temps que d’autres pays d’Europe et d’Asie la dernière invention d’Apple : l’iPad. De quoi s’agit-il ? [1] D’une tablette multi-usages grand format qui ressemble beaucoup à l’iPhone par bien des aspects, la taille en plus et les fonctions de téléphonie en moins. Comme l’iPhone donc, ce nouveau support bénéficie d’un écran tactile rétro-éclairé et en couleur. Contrairement aux « liseuses » ou tablettes de lecture classiques, l’iPad ne fonctionne donc pas sur la base de papier électronique. Il est équipé d’une connexion wifi dans sa version de base, et wifi et 3G pour un prix plus élevé. Du côté fonctionnalités, il permet de surfer sur le web grâce à son navigateur Safari, de relever son courrier électronique et de regarder des vidéos.

Ce ne sont pourtant pas ces fonctionnalités qui sont à la source de la plupart des commentaires, discussions, et finalement émotions autour du nouvel objet. C’est plutôt sa capacité à être étroitement relié à des boutiques de vente en ligne d’application (AppStore), de livres (iBookstore) et de contenus multimédias (iTunes). Les secteurs de la presse et de l’édition de livres en particulier ont rapidement identifié l’outil comme une véritable planche de salut [2], comme le moyen par lequel ils allaient pouvoir sortir de la morosité économique qui les caractérise de plus en plus.

Plus profondément, c’est la possibilité pour ces acteurs de perpétuer un modèle économique traditionnel dans le nouvel environnement numérique qui est le catalyseur de toutes les attentions que suscite l’iPad. La presse s’est jeté sur ce nouveau support avec la conviction du désespoir [3]. Car jeté plus que tout autre dans le tourbillon de la révolution du web grand public depuis plus de quinze ans, ce secteur a dû expérimenter à peu près tous les modèles économiques possibles : du payant au gratuit, puis du gratuit au payant, avec des barrières mobiles classiques ou inversées, expérimentant le « freemium », la diversification des revenus et surtout le laminoir des revenus publicitaires à rendements décroissants, la presse en arrive aujourd’hui à la conclusion un peu désespérante qu’elle n’arrive pas au bout du compte à tirer des profits suffisants du nouveau monde numérique. De ce point de vue, l’accueil fait par la presse française à ce qui n’est finalement qu’un objet électronique est tout à fait étonnant : on ne compte plus les articles dithyrambiques, les dossiers spéciaux, les éditoriaux exaltés.

Les éditeurs de livres restent manifestement plus méfiants : seuls Hachette, Albin Michel et Eyrolles ont pour l’instant franchi le pas et accepté de mettre à disposition une partie de leur catalogue sur l’iBookstore [4]. Les autres devraient suivre à plus ou moins longue échéance, mais des manifestations d’opposition ont déjà été exprimées. Le plus remarquable, celle d’Antoine Gallimard, conduit sa maison a proposer plutôt une application branchée sur sa plateforme de distribution numérique, Eden livres, par l’intermédiaire de laquelle, les ouvrages seront vendus.

Trois éléments expliquent une telle prise de position :

- il s’agit d’abord de la maîtrise du prix de vente du livre. Apple ne laisse pas les éditeurs fixer librement les prix dans son Bookstore mais exerce des contraintes qui ne sont pas difficiles à admettre pour un secteur qui a toujours eu l’habitude contraire, surtout grâce à la loi sur le prix unique du livre.
- le deuxième élément est le stockage du fichier numérique sur les serveurs d’Apple qui en assure du coup toute la gestion. Cette option a toujours été refusée jusqu’à présent par les éditeurs français aux plateformes de distribution numériques qu’ils ne maîtrisent pas [5].
- Enfin, Antoine Gallimard évoque explicitement le risque de « monopole » d’Apple sur le secteur du livre [6]. Monopole : le terme est un peu fort car il existe en réalité des alternatives. Il faut plutôt voir dans cet argument le risque que représente une concentration verticale entre la plateforme de distribution et le fabricant de la machine elle-même susceptible de créer un effet de verrouillage inquiétant pour les éditeurs.

Malgré les résistances et les inquiétudes, l’arrivée de l’iPad semble pourtant être un élément déclencheur pour un secteur qui semble désormais bien engagé dans de grandes manoeuvres. Récemment, les trois grandes plateformes françaises de distribution de livres numériques ont conclu un accord d’interopérabilité permettant aux libraires d’accéder selon les même méthodes et simultanément à leurs catalogues [7]. Comme souvent, c’est bien l’apparition d’une menace extérieure qui fait avancer les acteurs.

Les espoirs que l’iPad suscitent, que ce soit pour la presse, l’édition de livre ou du côté des consommateurs ne sont pas partagés par tous. Certains en appellent à un retour à un minimum de lucidité, notamment quant aux perspectives économiques que ce nouveau support est susceptible d’ouvrir. Hubert Guillaud dans La Feuille, fait un rapide calcul portant sur les liseuses (tous types confondus) en général : "Estimons que demain, en France, il y ait 600 000 liseuses en circulation. Aujourd’hui, le papier touche potentiellement 60 000 000 de Français. Combien pourraient faire un succès commercial qui se vend à 100 000 exemplaires (c’est devenu un beau chiffre) sur un public potentiel de 60 millions quand le public potentiel n’est plus que de 600 000 lecteurs équipés ? Un livre numérique se vendant à 1 000 exemplaires (rapport au parc de machine) serait donc l’équivalent d’un best-seller dans le monde physique ! Voilà qui permet de remettre les pendules à l’heure. » [8] Certains chiffres annoncent la vente de plus d’un million d’iPad aux Etats-Unis, ce qui est beau succès, mais reste marginal rapporté à une population globale de 300 millions d’habitants. Le talent marketting d’Apple et de son dirigeant Steve Jobs sont certains, mais le prix de vente de la tablette restera sans doute trop élevé pour lui permettre de jamais devenir un objet de consommation universel.

Par ailleurs, les premières études d’usages sur l’iPad risque de faire l’effet d’une douche froide sur les éditeurs qui en attendent beaucoup pour leur trésorerie. Une étude publiée récemment montre en effet que pour l’instant, la plupart des acquéreurs d’iPad utilisent davantage leur tablette pour consulter leur courrier électronique ou surfer sur le web [9].

Ce point précis des usages de la tablette est fondamental et demande à être observé avec précision. Car l’iPad est identifié par les éditeurs de contenus comme une machine de guerre contre le web, ce web qui en a ruiné certains ou que d’autres ont toujours voulu éviter en raison des incertitudes économiques qu’il représente. La tribune publiée par Cory Doctorow contre l’iPad [10] et finalement tout le système Apple est caractéristique de cette opposition. Ayant pour sa part su tirer tout le parti de la logique ouverte et créatrice du web, cet auteur et éditeur de contenus dénonce très naturellement la logique verrouillée et privative que met progressivement en place la firme de Cupertino.

Le succès annoncé de l’iPad ne doit enfin pas faire oublier l’existence d’une concurrence nombreuse et diversifiée [11]. Outre les habituelles « liseuses » à base de papier électronique - Sony Reader, Cybook, Kindle, on recense de nombreuses tablettes Internet à écran LCD tactiles comme l’iPad. La firme française Archos vient par exemple de mettre sur le marché une machine fonctionnant sous Linux Android, nettement moins coûteuse, dotée d’un écran un peu plus petit, mais beaucoup plus performante, tandis que d’autres constructeurs fourbissent leurs armes.

Pour les éditeurs de contenus, l’iPad est attendu comme le messie parce qu’il est identifié comme le moyen leur permettant de perpétuer un modèle économique qu’ils maîtrisent [12]. L’espoir de retrouver un marché unifié constitué par un public rassemblé autour d’un seul canal de commercialisation éprouvé semble illusoire. Une vision un peu plus large de la situation fait plutôt état d’une diversification des supports, d’une multiplication des modes de commercialisation et d’une fragmentation des publics. L’avenir des producteurs de contenus résidera donc plutôt dans leur capacité à être présents dans tous les lieux de circulation d’information, sur tous les supports, iPad compris ; mais pas seulement.

Notes

[1] Yves Guittard, « Test de l’iPad d’Apple dans sa version 32 Go, Wi-Fi et US, » 01net, Avril 3, 2010, http://www.01net.com/fiche-produit/....

[2] Frédéric Filloux, « L’iPad, planche de salut pour Gutenberg - LeMonde.fr, » Le Monde.fr, sans date, http://www.lemonde.fr/technologies/....

[3] AFP, « L’iPad très courtisé par la presse, » Google News, sans date, http://www.google.com/hostednews/af....

[4] Myriam Chaplain-Riou, « Des éditeurs français, à l’assaut de l’iPad, signent avec Apple, » Google News, Mai 29, 2010, http://www.google.com/hostednews/af....

[5] « Hachette : le iTunes du livre est parti ! - Aldus - depuis 2006, » sans date, http://aldus2006.typepad.fr/mon_web....

[6] Clément m., « Gallimard boycotte l’iBookstore et fera cavalier seul sur l’iPad, » ebouquin.fr, Mai 26, 2010, http://www.ebouquin.fr/2010/05/26/g....

[7] Alexis J., « Une entente pour la distribution de livres numériques en France, » ebouquin.fr, Mai 13, 2010, http://www.ebouquin.fr/2010/05/13/u....

[8] Hubert Guillaud, « Abonnement ou vente unitaire ? L’enjeu de la diversification des modèles économiques du livre numérique, » La Feuille, Mai 22, 2010, http://lafeuille.blog.lemonde.fr/20....

[9] Paul Carton, « New ChangeWave Surveys Measure Future Consumer Demand and Reactions of New iPad Owners, » InvestorPlace.com, Mai 20, 2010, http://www.investorplace.com/expert....

[10] Cory Doctorow, « Pourquoi je n’achèterai pas un iPad », Framablog, 29T19:13:00+02:00 5, 2010, http://www.framablog.org/index.php/....

[11] Camille Gévaudan et Geoffroy Husson, « Tour de tablette des concurrents- Ecrans, » Ecrans, Mai 29, 2010, http://www.ecrans.fr/Tour-de-tablet....

[12] Anne Feitz et Jean-Christophe Féraud, « « Avec l’iPad, les consommateurs paieront pour des contenus qui ont de la valeur », » Les échos, Mai 26, 2010, http://www.lesechos.fr/investisseur....

13 juin 2010

Hathi Trust

Article publié le 11 Juin 2010 ici

Hathi Trust, c’est le nom d’un consortium de grandes bibliothèques universitaires américaines qui se sont rassemblées pour créer un gigantesque entrepôt de conservation des livres numérisés. Hébergé par l’Université du Michigan et développé à l’origine par les établissements du Midwest américain, le projet s’est peu à peu étendu à de très grandes bibliothèques comme celles de l’Université de Californie ou de Virginie, et tout récemment à la prestigieuse New York Public Library. 

Abritant à ce jour près de 5,6 millions d’ouvrages, Hathi Trust annonce l’objectif d’atteindre les 18 millions de volumes en 2012, ce qui le placerait certainement à une hauteur comparable à Google Books. Les liens entre les deux projets sont d’ailleurs étroits, puisque bon nombre des bibliothèques formant le Hathi Trust sont des partenaires de Google pour la numérisation de leurs fonds (liste ici).

Google a en effet accepté que plusieurs de ses bibliothèques partenaires aux Etats-Unis puissent se rassembler et verser dans un entrepôt commun les copies numériques qu’il leur remettait. Les objectifs du Hathi Trust sont différents de ceux de Google, dans le mesure où il vise essentiellement à la préservation pérenne des données et c’est certainement cette complémentarité des approches qui a conduit Google à accepter cette concession.

Hathi Trust forme donc à ce jour la seconde bibliothèque numérique au monde après Google Books et comme lui, elle présente la particularité de comporter à la fois des ouvrages du domaine public et des ouvrages encore protégés. En effet, certains membres du trust (Michigan en premier lieu, mais aussi l’université de Virginie) ont accepté que Google numérise dans leurs fonds tous les livres, sans distinguer selon qu’ils étaient protégés ou libre de droits.

Comme Google Books, Hathi Trust ne donne pas accès à ces livres protégés, ou alors seulement de manière restreinte (voyez ici). Néanmoins, le Trust s’est lancé dans des opérations d’envergure visant à contacter les auteurs des ouvrages pour rechercher leur permission pour diffuser les livres protégés, et c’est là une grande différence par rapport à Google Books qui constitue peut-être l’un des aspects les plus intéressants de cette initiative.

Tandis que Google cherche à présent à régulariser son coup de force originel par le biais d'un règlement judiciaire global avec les titulaires de droits, Hathi Trust développe une stratégie de contact direct avec les auteurs pour obtenir la libération des droits.

Cette démarche est expliquée de manière détaillée dans cet article signé par Mélissa Levine, responsable des questions de copyright à l’Université du Michigan : Opening Up Content in Hathi Trust : Using HathiTrust Permission Agreements to Make Author’s Work Available.

Hathi Trust a ainsi mis en place une licence qui est présentée aux auteurs pour obtenir une autorisation non-exclusive de diffuser un ouvrage présent dans l’entrepôt, ainsi que d’en faire des reprints et des copies papier pour un usage non commercial. Melissa Levine explique que cette stratégie s’avère payante dans la mesure où bon nombre d’auteurs, notamment dans le milieu universitaire, recherchent avant tout une visibilité pour leur écrit, que leur assure la qualité des métadonnées de la base bibliographique du Hathi Trust.

Pour que ces licences soient valides, il est nécessaire que l’auteur soit bien titulaire des droits sur l’ouvrage. Cela peut être complexe à établir, mais il s’avère que c’est souvent le cas, même quand l’ouvrage a été édité. En effet aux Etats-Unis (mais c’est la même chose en France), les droits retournent à l’auteur lorsqu’un ouvrage est épuisé. Même pour des œuvres encore commercialisées, il est fréquent lorsque les livres ont été publiés avant le milieu des années 90 que les cessions consenties aux éditeurs n’incluent pas explicitement les droits numériques, ce qui en laisse la jouissance aux auteurs.

Ce qu’explique cet article, c’est que les auteurs sont des interlocuteurs bien plus intéressants que les éditeurs pour déployer une stratégie de libération des droits : leurs objectifs sont plus facilement convergents avec ceux des bibliothèques et ils disposent des droits pour délivrer valablement des autorisations, ce qui n’est pas toujours le cas des éditeurs. Nous ne sommes pas loin alors de ce qui est pratiqué dans le cadre de l'Open Access et des Archives ouvertes , où bibliothèques et auteurs travaillent souvent ensemble pour ménager un accès libre aux articles scientifiques en jouant sur des cessions des droits maîtrisées aux éditeurs.

L’article explique que ce modèle de libération peut en outre tout à fait s’articuler avec un modèle économique viable. En effet, l’accès ouvert aux ouvrages sur la bibliothèque numérique du Hathi Trust n’est pas incompatible avec des formes d’exploitation commerciale, notamment par le biais de l’impression à la demande. L’université du Michigan par exemple s’assure que la libération des droits lui permettra d’imprimer les ouvrages à la demande grâce à L'Express Book Machine ou en partenaria avec Amazon. Ces activités sont possibles dans la mesure où Google a accepté de revoir ses contrats avec certaines bibliothèques partenaires (Michigan, Virginie) pour leur permettre de développer des activités commerciales lorsqu’elles ne concurrencent pas directement celles mises en place par Google.

L’intérêt de l’article de Melissa Levine, c’est de démontrer que les bibliothèques sont en un sens particulièrement bien placées pour développer ces stratégies de contact direct avec les auteurs (je traduis) :

Aussi bien comme individus que comme institutions, les bibliothécaires et les bibliothèques entretiennent souvent des relations professionnelles et personnelles étroites avec des universitaires en poste ou à la retraite. Parfois, ces contacts personnels avec des membres de l’Université peuvent conduire à des avancées significatives, comme par exemple l’obtention d’une permission pour ouvrir l’accès à tout le contenu qu’ils ont la faculté de libérer. L’expérience du Hathi Trust confirme que le cycle débute avec l’auteur et retourne à présent vers lui, parce qu’il peut être encouragé à exercer les droits qu’il possède pour devenir l’acteur d’un système global, de distribution, de préservation et d’accès à ses œuvres comme cela n’a jamais été le cas auparavant.

On parle beaucoup du rôle de médiation que les bibliothécaires peuvent jouer vis-à-vis des contenus numériques, mais il existe aussi un versant juridique à cette médiation que les bibliothèques peuvent assumer pour tisser un nouveau type de relations avec les auteurs.

J’en ai toujours eu la conviction.

En 2008, j’ai écrit un livre (Bibliothèques numériques : le défi du droit d’auteur), dans lequel j’étudiais les stratégies possibles de libération des droits et exposais l’idée que les bibliothèques avaient justement tout intérêt à jouer la carte des auteurs pour favoriser la numérisation d’ouvrages protégés. J’expliquais également que la meilleure « cible documentaire » pour conduire ce genre d’opérations étaient les œuvres épuisées. On m’a souvent opposé que cette démarche était trop coûteuse en temps et en énergie et qu’il valait mieux, soit s’en tenir aux œuvres du domaine public, soit se tourner vers d’autres partenaires comme les éditeurs ou les sociétés de gestion collective.

L’exemple du Hathi Trust montre que la stratégie qui consiste à redonnner aux auteurs le pouvoir qui est le leur par le biais de la libération des droits peut s’avérer payante.

En France, la stratégie de libération des droits sur les livres est très peu développée, mais pas complètement absente. Les Presses Universitaires de Lyon diffusent par exemple sur leur site un certain nombre d'ouvrages épuisés, avec l’accord des auteurs, certains ayant même accepté une licence Creative Commons pour la version numérique de leur œuvre. Le portail de numérisation rétrospective Persée, outre les revues qui constituent le cœur de son activité, comporte à présent un volet monographique, donnant accès aux publications d’institutions scientifiques. Une démarche de numérisation des épuisés à plus grande échelle est en cours en Belgique, à la Digithèque de l’Université Libre de Bruxelles, avec des difficultés particulières pour certains types de corpus, mais aussi de belles réalisations menées en partenariat avec les auteurs ou leurs héritiers.

Ces expériences sont intéressantes, mais on pourrait imaginer des opérations de bien plus grande envergure : une vaste campagne de mécénat des droits lancée en direction des auteurs au niveau national.

A la fin de mon livre, je proposais dix pistes pour favoriser la numérisation d’ouvrages protégées, dont celle de créer au niveau national un Registre de la numérisation et de lancer un grand appel en direction des auteurs pour qu’ils viennent manifester leur souhait que leurs ouvrages soient numérisés et intégrés à la bibliothèque numérique.

9 juin 2010

Le copyright

J'ai lu l'article suivant et j'ai trouvé utile d'en reprendre les grandes lignes et de l'étoffer afin de revenir sur l'historique du Copyright, son emploi aujourd'hui et son avenir.

Pour faire ce dossier-cours voici mes sources :
http://www.actualitte.com/actualite/19460-coyright-droit-auteur-extension-oeuvres.htm
http://www.copyright-france.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyright
http://www.commentcamarche.net/contents/droits/copyright-auteur.php3

354px_Copyright_serifLE COPYRIGHT

Définition :

Le copyright est la protection d'une oeuvre en reconnaissant notamment son auteur. Il empêche toute reproduction, copie du document qu'il protège. Le copyright qui peut être demandé par l'auteur, l'éditeur ou le producteur ne marche que sur des oeuvres matérielles, sans prendre en compte les idées. Tout document déposé, même si non publié est sous protection copyright, la durée impartie.

Présentation :

Le copyright est une conséquence de l'émergence de la notion de droit d'auteur. La notion de droit d'auteur est encore récente au regard de l'histoire. On l'a situe à peu près à la fin du XVIIIème siècle bien que cela existait déjà sous la forme d'un droit d'impression. Le copyright concerne les Etats-Unis et non la France qui dispose de son propre droit d'auteur : Le code de la propriété intellectuelle. Cependant, pour toute oeuvre publiée aux Etats-Unis, celle-ci doit être déposée au Copyright. En france, la mention de copyright existe, mais elle a juste une valeur informative. Les oeuvres ayant fait l'objet d'un dépôt de copyright peuvent ainsi afficher le symbole ©, suivi de l'année de publication, puis du nom de l'auteur (ou de la société ayant déposé le copyright). L'absence de signe de protection de droit d'auteur ne signifie pas pour autant que l'oeuvre n'est pas protégée.
Le copyright privilégie les intérêts de la société, suivant une logique du marché, que les intérêts d'un seul auteur ne peuvent entraver. Le public, les consommateurs sont prioritaires, tandis que le lien entre l'auteur et l'oeuvre est affaibli. L'auteur est vu comme un investisseur : le droit d'auteur comme une rémunération pour investissement. Et l'oeuvre perd son caractère sacré et son monopole.
Le copyright est donc plus un droit d'exploitation qu'un droit d'auteur, et n'implique pas de droit moral. Seuls le droit à la paternité et le droit au respect sont inclus dans la Convention de Berne (1989).

Quels sont les documents protégés par copyright ?

Selon l'Article L. 112-2 sont protégés :    

1° Les livres, brochures et autres     écrits littéraires, artistiques et scientifiques ;
    2° Les conférences, allocutions, sermons, plaidoiries et autres œuvres de     même nature ;
    3° Les œuvres dramatiques ou dramatico-musicales ;
    4° Les œuvres chorégraphiques, les numéros et tours de cirque, les     pantomimes, dont la mise en œuvre est fixée par écrit ou autrement ;
    5° Les compositions musicales avec ou sans paroles ;
    6° Les œuvres cinématographiques et autres œuvres consistant dans des     séquences animées d'images, sonorisées ou non, dénommées ensemble œuvres     audiovisuelles ;
    7° Les œuvres de dessin, de peinture, d'architecture, de sculpture, de gravure,     de litho-graphie ;
    8° Les œuvres graphiques et typographiques ;
    9° Les œuvres photographiques et celles réalisées à l'aide de techniques     analogues à la photographie ;
    10° Les œuvres des arts appliqués ;
    11° Les illustrations, les cartes géographiques ;
    12° Les plans, croquis et ouvrages plastiques relatifs à la géographie, à la     topographie, à l'architecture et aux sciences ;
    13°  Les logiciels, y compris le matériel de conception préparatoire ;
    14° Les créations des industries saisonnières de l'habillement et de la parure.     Sont réputées industries saisonnières de l'habillement et de la parure les industries     qui, en raison des exigences de la mode, renouvellent fréquemment la forme de leurs     produits, et notamment la couture, la fourrure, la lingerie, la broderie, la mode, la     chaussure, la ganterie, la maroquinerie, la fabrique de tissus de haute nouveauté ou     spéciaux à la haute couture, les productions des paruriers et des bottiers et les     fabriques de tissus d'ameublement.

    Comment marche le copyright ?

1ere étape : Dépos sur le serveur de copyright du/des document(s).
2ème étape : Transmission et horodatage du dépôt par l'huissier de justice de Copyright
3ème étape : Transmission du certificat de dépôt.

Les limites du copyright et du droit d'auteur en général :

L'auteur ne peut s'opposer à  :
  • la représentation privée et gratuite dans un cercle de famille ;
  • la copie ou reproduction réservée à un usage strictement privé du copiste ;
  • la publication d'une citation ou d'une analyse de l'oeuvre, dans la mesure où celle-ci est brève et justifiée par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information, de l'œuvre ;
  • la parodie et la caricature.

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L'avenir du copyright (article pris ici) :

Il n'y a pas longtemps, presque 50% des livres appartenaient au domaine public mais les derniers changements copyright et ceux envisagés, laissent présager que bientôt, plus qu'1% des livres rentreront dans le domaine public. Cela pause évidemment problèmes aux éditeurs mais surtout aux diffuseurs numériques d'eouvres publiques.

Le copyright est passé d’une durée de 30 ans en moyenne en 1909 à une durée de 95 ans en moyenne en 1998. En 90 ans, de 1909 à 1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte plus des trois quarts de la production du vingtième siècle. Seul un livre publié avant 1923 peut désormais être considéré avec certitude comme du domaine public.
On parle maintenant d'un nouvel amendement à la loi sur le copyright qui allongerait le copyright de vingt ans supplémentaires – il a déjà été allongé de vingt ans en 1998 – et qui pourrait être effectif en 2015.

1. Les calculs à faire :

Pour le moment, voici les calculs à faire, pour déterminer si un titre publié aux États-Unis appartient ou non au domaine public :

(a) Les œuvres publiées avant 1923 sont soumises au droit d’auteur pendant 75 ans à partir de leur date de publication. Elles sont donc maintenant dans le domaine public.

(b) Les œuvres publiées entre 1923 et 1977 sont soumises au droit d’auteur pendant 95 ans à partir de leur date de publication. Rien ne tombera dans le domaine public avant 2018.

(c) Une œuvre publiée en 1998 et les années suivantes est soumise au droit d’auteur pendant 70 ans à partir de la date du décès de l’auteur s’il s’agit d’un auteur personnel (rien dans le domaine public avant 2049), ou alors pendant 95 ans à partir de la date de publication - ou 120 ans à partir de la date de création - s’il s’agit d’un auteur collectif (rien dans le domaine public avant 2074).

Tout ceci dans les grandes lignes, d’autres règles venant s’ajouter à ces règles de base.

2. Un âge de l'information ? Pour qui ?

Le dernier amendement à la loi sur le copyright date du 27 octobre 1998 et fut très discrètement entériné par le Congrès pour protéger les intérêts des multinationales culturelles et contrer le formidable véhicule de diffusion qu’est l’internet.

Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg, expliquait en juillet 1999 : « Le copyright a été augmenté de 20 ans. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est maintenant passé à 95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une extension de 28 ans si on la demandait avant l’expiration du délai) et, avant cela, le copyright durait 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la demandait avant l’expiration du délai). Comme on le voit, on assiste à une dégradation régulière et constante du domaine public. »

La législation d'octobre 1998 porte un coup très rude aux bibliothèques numériques, en plein essor avec le développement du web. Nombre de titres doivent être retirés des collections, au grand dam des volontaires qui les avaient patiemment numérisés et relus pendant des dizaines d'heures.

Michael Hart relatait aussi à la même date : « J’ai été le principal opposant aux extensions du copyright, mais Hollywood et les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas mon action en public. Les débats actuels sont totalement irréalistes. Ils sont menés par “l’aristocratie terrienne de l’âge de l’information” et servent uniquement ses intérêts. Un âge de l’information ? Et pour qui ? »

En effet. Les instances politiques ne cessent de parler d’âge de l’information alors que, en parallèle, elles durcissent la réglementation mettant le patrimoine à la disposition de tous. La contradiction est flagrante. Un durcissement similaire touche les pays de l'Union européenne. La règle générale est désormais un copyright de 70 ans après le décès de l’auteur, alors qu’il était auparavant de 50 ans.

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3. Pour chaque avancée technique, un durcissement du copyright

Au fil des siècles, chaque avancée technique est accompagnée d’un durcissement du copyright, qui semble être la réponse des éditeurs à un accès plus facile au savoir, et la peur afférente de perdre des royalties.

Les dates évoquées par Michael Hart sont les suivantes :

(a) 1790 est la date de main-mise de la Guilde des Imprimeurs – qui étaient les éditeurs de l’époque en Angleterre - sur les auteurs, ce qui entraîne la naissance du copyright. Le 1790 Copyright Act institue un copyright de 14 ans après la date de publication de l’œuvre, plus une extension de 28 ans si celle-ci est requise avant l’expiration du délai. Les œuvres pouvant être légalement imprimées passent subitement de six mille à six cents, et neuf titres sur dix disparaissent des librairies. 335 ans après les débuts de l’imprimerie, censée ouvrir les portes du savoir à tous, le monde du livre est désormais contrôlé par les éditeurs et non plus par les auteurs. Cette nouvelle législation anglaise est également effective aux États-Unis et en France.

(b) 1831 est la date d’un premier renforcement du copyright pour contrer la réédition de vastes collections du domaine public sur les nouvelles presses à vapeur. Le 1831 Copyright Act institue un copyright de 28 ans après la date de publication de l’œuvre, plus une extension de 14 ans si celle-ci est demandée avant l’expiration du délai, à savoir un total de 42 ans.

(c) 1909
est la date d’un deuxième renforcement du copyright pour contrer une réédition des collections du domaine public sur les nouvelles presses électriques. Le 1909 Copyright Act double la période de l’extension, qui passe à 28 ans, le tout représentant un total de 56 ans.

(d) 1976 est la date d’un nouveau durcissement du copyright suite à l’apparition de la photocopieuse lancée par Xerox. Le 1976 Copyright Act institue un copyright de 50 ans après le décès de l’auteur. De ce fait, tout copyright en cours avant le 19 septembre 1962 n’expire pas avant le 31 décembre 1976.

(e) 1998 est la date d’un durcissement supplémentaire du copyright suite au développement rapide des technologies numériques et aux dizaines de milliers d’œuvres disponibles gratuitement sur le web. Le 1998 Copyright Act allonge la durée du copyright qui est maintenant de 70 ans après le décès de l’auteur si l'œuvre a été publiée de son vivant, ou de 95 ans si l'œuvre a été publiée après son décès, pour protéger nombre de multinationales culturelles, y compris l’empire Disney, raison pour laquelle on parle souvent de Mickey Mouse Copyright Act.

4. Le combat de David contre Goliath

Par exemple, le classique mondial Autant en emporte le vent (titre original : Gone With the Wind) de Margaret Mitchell, publié en 1939, aurait dû tomber dans le domaine public au bout de 56 ans, conformément à la législation en vigueur en 1975, libérant ainsi les droits pour les adaptations en tous genres. Suite aux législations de 1976 et 1998, ce classique ne devrait maintenant tomber dans le domaine public qu’en 2034, une date qui pourrait encore être reportée dans le cas d'une législation plus contraignante.

Autre exemple, les derniers volumes de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, ceux qui ont été publiés après sa mort, ne tomberont dans le domaine public aux États-Unis qu'en novembre 2017, puisque le décès de Proust date de novembre 1922, et la date de novembre 2017 pourrait donc encore être reportée.

Le nouvel amendement à la loi du copyright - qui allongerait la durée du copyright de vingt ans supplémentaires, en la faisant passer de 95 à 115 ans - pourrait être effectif dès 2015, toujours pour protéger l'empire Disney, entre autres. Sinon, Mickey Mouse et Winnie l'Ourson tomberaient dans le domaine public en 2018, ce qui représenterait un manque à gagner dont on n'ose même pas imaginer la somme.

Quelle sera l'issue du combat de David contre Goliath ? David étant ceux qui défendent le domaine public, et Goliath étant les multinationales culturelles ?

8 juin 2010

Rapport du Sénat : Quel avenir pour la filière du livre à l'heure du numérique ?

QUEL AVENIR POUR LA FILIÈRE DU LIVRE A L'HEURE DU NUMÉRIQUE ?

rapport_informationRapport d'information de M. Jacques LEGENDRE, fait au nom de la commission de la culture
n° 522 (2009-2010) - 2 juin 2010

Présentation du rapport :

La révolution numérique concerne désormais pleinement le secteur du livre. Les rapports sur le sujet, nombreux et constructifs, ont dévoilé un paysage très évolutif et éclairé un avenir incertain.

Alors que le livre occupe une place de choix dans la politique culturelle de notre pays, la commission de la culture, de l'éducation et de la communication a souhaité réunir les acteurs concernés afin notamment d'appréhender les éventuelles évolutions législatives que cette mutation rend nécessaires.

Cette table ronde a permis de débattre des questions suivantes :

- Quel sera l'impact de l'essor de la culture numérique sur les différents acteurs de la chaîne du livre ? Comment leurs rôles respectifs vont ils évoluer ?

- Comment préserver l'aménagement culturel du territoire dans le domaine du livre, en particulier la présence des librairies ?

- Les professionnels du livre se mobilisent-ils suffisamment pour naviguer sur la vague numérique ?

- Doit-on et peut-on étendre au livre numérique la loi sur le prix unique du livre et le taux de TVA à taux réduit ?

- Quelles autres mesures d'accompagnement public, françaises et européennes, seraient souhaitables et raisonnablement envisageables ?

- A-t-on les moyens de nos objectifs (moyens financiers, industriels et technologiques, cadre juridique, etc.) ?

- Quels sont les enjeux liés au droit de la concurrence ?

- S'agissant de la numérisation des ouvrages sous droits : comment préserver le droit d'auteur et quel doit être le rôle des éditeurs ?

- Pour ce qui concerne la numérisation du patrimoine et les livres libres de droit : quels accords pour une politique de numérisation respectueuse des impératifs tant culturels qu'économiques ? Quel(s) modèle(s) de partenariat public-privé ?

- Quelle stratégie pour les oeuvres orphelines ?

Ce riche débat se veut donc une nouvelle pierre à l'édifice, pour éclairer les décisions politiques que l'urgence des défis impose désormais.

Télécharger le rapport (format PDF) : http://www.senat.fr/rap/r09-522/r09-5221.pdf

Sur l'auteur du rapport : Jacques Legendre est membre de UMP et Président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication.

legendre

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